Il n'y a pas de rapport

image de l'oeuvre Il n'y a pas de rapport de  François Rouan François Rouan François Rouan François Rouan François Rouan

De François Rouan film 2006

François Rouan peint sur bandes. Si j'osais, je lui conseillerais de modifier ça et de peindre sur des tresses. La tresse à trois vaut d'être relevée. Le rêve ne m'a jamais rien appris, c'est une sente qui trace dans la configuration touffue des plaisirs égarés. Là-bas ou ici, forêt ou caverne, le moindre point de clarté fictionne et active un champ obscur qui s'étend. L'art que je pratique est une expérience constellante qui embrouille la multiplicité des registres que le langage sépare. Elle implique une dislocation des positions rigides. Dans la durée, elle a pu, parfois, faire sauter les blocages, permettre les échanges entre les parties et le tout. Je tente aujourd'hui - une autre manière de 'peindre sur tresses' - d'intailler, d'empreindre dans la couche argentique une multiplicité de traces hétérogènes sur la durée la plus longue possible, qui seront ensuite reversées dans un scénario réalisé avec une caméra Béta numérique. C'est une manière de me soustraire au positionnement athlétique de "l'instant décisif", à la vision surplombante de la taille directe (le scénario préalable) et de me placer davantage sur le chemin du modelage : d'un côté le pouvoir tentateur de l'épure homogène et de la maîtrise, de l'autre l'érotisation des petits morceaux qui se supportent des jointures et des fractures mal ficelées. La complétude du fait photographique ou filmique est liée à l'appréhension morcelée de la réalité. Le travail de l'art consiste à reverser l'objectivité de l'image contact sur la trajectoire plus complexe de l'espace projectif, feuilleté comme la mémoire même. Si ça marche - comme je le voudrais - c'est à la façon des trafics d'amour : des enlacements gestuels, corporels, qui retournent et spatialisent l'écart irrémédiable entre deux langues étrangères, celle de la fille, celle du garçon. C'est le recommencer de l'art, toujours soumis au désir qu'enfin la traduction commence... Texte de Jacques Lacan pour l'exposition " François Rouan, peintures, dessins ", Musée de Cantini, Marseille, juillet-septembre 1978.

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  • Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains, Tourcoing

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