Ana Vaz

Hanabi - Film - 1h45min - 2026

présenté dans le cadre de l'exposition Panorama 28 - Invisibles ?

Film


Hanabi est une histoire de radioactivité. Tourné au Japon sur une période de dix ans, le second long métrage d’Ana Vaz après Il fait nuit en Amérique (2022), observe un pays en proie à une menace mortelle mais intangible. Quelque chose a eu lieu mais la vie suit son cours ; Tokyo continue de se rénover et d’accroître son périmètre ; un sol nouveau remplace les terres irradiées ; des îles poussent dans l’océan Pacifique ; ouvriers, citoyens, ingénieurs, paysans, religieux s’attachent chacun à leur manière à soigner les traumatismes de leur communauté. Traversant cette constellation de témoignages et d’expériences, le Journal d’une cervelle radioactive de l’écrivaine Yoko Haysuke est écrit à la suite du tsunami et de la catastrophe nucléaire qui suivit le tremblement de terre de Tohoku en 2011, et dont Ana Vaz s’inspire librement en collaboration avec son autrice. Elle fait entendre la voix ni tout à fait personnelle, ni tout à fait anonyme, de corps mutants que la peau ne protège plus, perdant leurs contours dans un dérèglement généralisé.

Hanabi est donc une histoire radioactive, portée par une narration qui multiplie les effets de dissimulation, de clandestinité et de dissociation. Le geste d’Ana Vaz fait écho au fukeiron, la théorie du paysage du cinéaste Masao Adachi qui retraçait la trajectoire d’un meurtrier à travers les lieux par lesquels il était passé, tout autant qu’à la pratique diaristique de l’avant-garde cinématographique qui s’attache à lier l’individuel et le commun, le réel et le subjectif. Il faut en effet beaucoup de courage, de délicatesse et de talent pour réaliser un film sur les conséquences de cette catastrophe nucléaire dans un pays qui préférerait sans doute en assumer seul la faute. Mais cette histoire est celle du Japon autant que celle de n’importe quel être vivant, humain et non humain. C’est l’histoire d’une écrivaine japonaise, d’un moine bouddhiste, d’un apiculteur autrefois constructeur de centrales nucléaires, d’habitantes évacuées, et d’une cinéaste devenue mère, toutes et tous confrontées à la nécessité de penser l’entropie d’un monde aux capacités de régénération limitées. C’est l’histoire d’individus et de communautés que la catastrophe contraint toujours plus à s’atomiser, et à réinventer leurs relations.

Antoine Thirion

Ana Vaz est une artiste et cinéaste née dans le Midwest brésilien habité par les fantômes enfouis par sa capitale moderniste : Brasília. Sa filmographie provoque et questionne le cinéma en tant qu’art de l’(in)visible et instrument capable de transformer la perception de l’humain, élargissant les connexions avec des formes de vie autres qu’humaines ou spectrales. Conséquences ou expansion de sa cinématographie, ses activités artistiques s’incarnent également dans l’écriture, la pédagogie critique, les installations ou les démarches collectives. Ses films ont été présentés à travers le monde, aussi bien dans des festivals de cinéma que dans des lieux d’exposition. Elle est lauréate du Kazuko Trust Award (Film Society Lincoln Center) ainsi que du Robert E. Fulton Fellowship de l’Université de Harvard. Ses films ont été primés au festival du Cinéma du réel (*Há Terra!*, 2016), à Punto de Vista (*Apiyemiyekî ?*, 2019), au Media City et Frontier (*Occidente*, 2014). Ses œuvres font partie des collections du Cnap (Centre national des arts plastiques), de Kadist, du Frac Bretagne et de la Pinacoteca de São Paulo. En 2024-2025, elle est pensionnaire à la Villa Médicis.

Production


Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains, Tourcoing — Tambores Na Noite — Les Volcans — Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains, Tourcoing — Stenar Projects — Spectre Productions — Gruta Filmes

Partenaires

Cnc - Dicréam — Fondation Des Artistes — Sundance Documentary Film Fund — Ica - Instituto Do Cinema Do Audiovisual — Cnap - Centre National Des Arts Plastiques

Crédits


› Réalisation : Ana Vaz
› Conception sonore, enregistrement sur le terrain : Nuno Da Luz
› Composition sonore-visuelle : Ana Vaz, Chaghig Arzoumanian
› Musique : Ketu
› Mixage : Olivier Guillaume

Remerciements


Yoko Hayasuke, Norihito Takahaka, Les Éditions des mondes à faire, Ayami Awazuhara; Antoine Thirion, François Bonenfant, Juliana Fausto