Sammy Baloji
RN1 : traversée katangaise - Installation - 2026
présentée dans le cadre de l'exposition Panorama 28 - Invisibles ?
Installation
De Nzofu à Kolwezi, la vidéo de Sammy Baloji RN1 : traversée katangaise propose un parcours le long de la frontière lunda. Le film entremêle images d'archives de la télévision – consacrées à la sécession katangaise et au Front de libération du Congo (FNLC) – et images contemporaines tournées à travers les paysages miniers du Katanga et du Congo central, en compagnie de Filip De Boeck.
Cette traversée s’ouvre sur le chant du chef Mwakayooj Sanchiindj, présenté comme gardien de la mémoire de la cour royale du Mwaant, souverain du royaume lunda. Les Lundas constituent un ensemble politique et culturel majeur d’Afrique centrale, dont l’histoire précoloniale s’étend sur les territoires actuels de la République démocratique du Congo, de l’Angola et de la Zambie. Structuré autour d’un pouvoir central incarné par le Mwaant, ce royaume s’est construit sur des réseaux d’alliances, de circulations et de transmissions où la tradition orale joue un rôle fondamental. L’évocation de la cour du Mwaant Nzav Mbuumb Kadi Mateend Mateend Ku Musaamb Chingeendj II ancre le récit dans la généalogie précoloniale des Lundas installés au Congo.
La traversée se poursuit par une mise en scène de la sécession katangaise, avant de s’achever à Kolwezi, à travers des témoignages qui reviennent sur les guerres du Shaba de 1977 et 1978.
En mettant en dialogue paysages, archives et témoignages, RN1 : traversée katangaise met en lumière la tradition orale et le rôle de gardien de la mémoire. Cet entrelacement invite à repenser le temps : le récit se construit depuis le présent, à partir des archives et des voix qui les prolongent.
Sammy Baloji (né en 1978 à Lubumbashi, en République démocratique du Congo) vit et travaille entre Lubumbashi et Bruxelles, où il explore la mémoire et l’histoire de la République démocratique du Congo. Son œuvre constitue une recherche permanente sur le patrimoine culturel, architectural et industriel de la région du Katanga, ainsi qu’une remise en question de l’impact de la colonisation belge. Son utilisation des archives photographiques lui permet de manipuler le temps et l’espace, en opposant les anciens récits coloniaux à l’impérialisme économique contemporain. Ses œuvres vidéo, ses installations et ses séries photographiques mettent en lumière la manière dont les identités se forgent, se transforment, se pervertissent et se réinventent. Son regard critique sur les sociétés contemporaines est un avertissement sur la façon dont les clichés culturels continuent de façonner les mémoires collectives et permettent ainsi aux jeux de pouvoir sociaux et politiques de continuer à dicter les comportements humains. Il a récemment obtenu son doctorat en recherche artistique intitulé *Kasala et Lukasa contemporains : vers une reconfiguration de l’identité et de la géopolitique* à Sint Lucas Antwerpen. Il a reçu de nombreux prix, distinctions et bourses, notamment dans le cadre de l’initiative Rolex Mentor and Protégé Arts. En 2019-2020, il a été résident à l’Académie de France à Rome – Villa Médicis. Sammy Baloji a cofondé en 2008 les Rencontres Picha/Biennale de Lubumbashi. Parmi ses expositions personnelles récentes, citons la Kunsthal Extra City, à Anvers (2026) ; l’EMST, à Athènes (2025) ; le Goldsmiths CCA, à Londres (2024) ; la Galerie des Offices, à Florence, et les beaux-arts de Paris (2021–2022) ; la Lund Konsthall, à Lund, et l’Aarhus Kunsthal, à Aarhus (2020) ; Le Point du Jour, à Cherbourg (2019) ; Framer Framed, à Amsterdam (2018) ; le Cultuurcentrum Strombeek, à Bruxelles (2018) ; The Power Plant, à Toronto, et le WIELS, à Bruxelles (2016–17) ; ainsi qu’au Mu.ZEE, à Ostende (2014). Ses œuvres sont actuellement présentées à la Biennale de Venise, tant dans le cadre de l'Exposition internationale que dans le pavillon de la République démocratique du Congo. Cela marque son retour onze ans après sa première participation (2015). Il a également participé à la Biennale d'architecture de Venise (2023), à la Biennale de Sydney (2020) et à la documenta 14 (2017).
Production
Crédits
Avec Elie Tshiwew’a Muswal Diur, digne fils de la Dynastie Lunda de Nzofu, Filip De Boeck
› Montage : Simon Arazi
› Mixage son : Frédérique Furnelle
› Étalonnage : Pierre-Louis Cassou
› Post-production image : La Tangente
› Recherche : Henriette Gillerot
› Entretiens : Filip De Boeck (Kolwezi), Filip De Boeck (Nzofu), Gaston Mushid, Guillaume Bumba Kamudiongo
› Traduction : Alexandre Mulongo Finkelstein
› Production : Juliette Hourçourigaray, Marek Szponik
Remerciements
Simon Arazi, Minne De Meyer Engelbeen, Georges Senga, Rosa Spaliviero, Michetz Tshumba, Thibaut William