Marie Losier
La Nuit Obscure de Marlene Monteiro Freitas - Film - 1h - 2026
présenté dans le cadre de l'exposition Panorama 28 - Invisibles ?
Film
Il y a un mystère Monteiro Freitas. À la fois repérée depuis longtemps parmi les personnalités marquantes de la nouvelle scène chorégraphique, elle a construit une œuvre qui n’a fait que s’imposer avec éclat ces dernières années. Je l’ai découverte un peu par hasard au Festival d’Automne en 2020, et je n’ai plus raté une de ses pièces depuis. Ses créations restent énigmatiques, malgré leur flamboiement, à la fois déjà cultes et encore presque inconnues du grand public.
Nouvelle figure de la danse contemporaine, l’artiste cap-verdienne Marlene Monteiro Freitas est devenue en quelques années le visage et le corps d’un renouveau inattendu du geste chorégraphique
et de l’engagement politique. Paradoxalement, ce qui aurait pu sembler « pointu » dans son œuvre s’est révélé large, accueillant, chaud, drôle, puissant, et ses spectacles touchent les publics du monde entier.
Pourtant, tout dans ses pièces reste mystérieux, tout semble tenir du miracle, provenir d’un cheminement si particulier qu’il pose forcément question : comment en est-elle arrivée à ce geste inouï, à cette répétition hilarante ? Comment atteint-elle cette hybridation des genres qui subvertit notre regard? Quelle relation avec ses danseurs et danseuses permet un tel abandon du convenable, de la logique, du vraisemblable ?
Du Cap-Vert à Lisbonne, de la féminité au geste militaire, du clown baroque aux figures du racisme colonial, du politique au burlesque, du sportif à l’animal, elle s’offre la liberté de laisser les choses jaillir en elle, en désordre et simultanément. Dans ses chorégraphies s’exprime systématiquement une violence sourde, parfois absurde, celle d’être femme, d’être noire, celle de la société normée et aliénante, et l’humour, pourtant enfantin et débridé prend la couleur de l’inquiétude et des tourments du monde. Sans retenue, elle mêle grotesque et gravité, rituel et rire irrépressible comme une coulée de lave.
C’est à l’occasion des répétitions de son nouveau spectacle, NÔT, que j’ai décidé de la suivre.
De la regarder être libre.
Marie Losier est cinéaste et plasticienne. Elle a étudié la littérature à l’Université Paris 10 (DEA en littérature et poésie américaine) et les beaux-arts au Hunter College de New York, ville où elle a vécu et travaillé pendant plus de vingt ans. Elle a réalisé de nombreux portraits avant-gardistes, intimes, poétiques et ludiques d’artistes, de cinéastes et de musiciens. Ses films ont été présentés dans de nombreux festivals (Cannes, Venise, Berlin, IDFA, Tribeca/NYC, CPH:DOX, Bafici, Cinéma du réel, etc.). Ceux-ci ont aussi été montrés dans des espaces muséaux, notamment à la Tate Modern (Londres), au MoMA (NYC), au Centre Pompidou (Paris) et au Whitney Museum (NYC). En 2025, son dernier long métrage, *Peaches Goes Bananas*, a été sélectionné à la Mostra de Venise. Cette même année, elle a réalisé un moyen métrage, *Barking in the Dark*, consacré aux RESIDENTS, un collectif d’artistes originaires de San Francisco. Elle réalise, au Fresnoy – Studio national des arts contemporains, un portrait de la chorégraphe et danseuse Marlene Monteiro Freitas, qui a inauguré, avec sa pièce *NÔT*, le festival d’Avignon 2025.