Victor Missud
La maison qui se retournait dans son lit - Installation - 2026
présentée dans le cadre de l'exposition Panorama 28 - Invisibles ?
Installation
À trois mètres au-dessus du sol, il y a une maison, à mi-chemin entre un abri de fortune et la cabane d’un enfant.
Si on essayait de deviner ce qu’elle semble contenir, on pourrait dire : du vent, de la pluie et quelques orages, du jour, de la nuit, et toute une météo qui n’appartient qu’à elle. D’ailleurs, si on la regarde d’en haut (si on y arrive), on peut voir que son toit tout percé forme une constellation de points de lumière, comme si elle s’était même donné la peine de fabriquer son propre ciel étoilé.
Et, on dirait qu’elle a un feu qui brûle à l’intérieur, des fois fragile, et des fois sûr de lui.
Si on en fait le tour, on remarque qu’elle n’a pas de porte, elle ne peut donc pas accueillir, on ne peut pas y entrer. Perchée sur ses pilotis, elle n’a pas l’air de vouloir descendre ni de vouloir s’en aller non plus. Trois mètres, ça doit être sa distance à elle, sa distance juste : ni proche, ni loin.
Et bien qu’elle soit faite en couvertures de laine, on l’entend quand même trembler. Et quand elle tremble, des choses en elle se déplacent – on en voit les ombres.
On entend aussi quelques notes de piano qui en sortent (qui en tombent) : cinq ou six notes, pas plus, qui s’accordent de temps à autre, puis se dispersent, comme si elle cherchait sans cesse sa propre mélodie.
Ainsi, de prime abord, elle pourrait sembler plutôt peureuse, ou du moins inquiète. Elle l’est, c’est sûr, mais elle n’en est pas moins traversée de moments de courage et d’éclat. Pour moi, c’est un organisme encore en formation, un monde en devenir, une planète instable qui tangue, tente, rate, ose. Cette maison habitée par elle-même, je dirais qu’elle ressemble à une personne qui ne serait pas encore tout à fait sortie de sa chambre.
Le travail de Victor Missud prend forme au contact de personnes marginalisées d’un territoire et de la société, qui deviennent protagonistes d’œuvres aux frontières du documentaire, de la fiction et du cinéma de genre. Par cette friction entre réel et artifice, il s’attache à explorer les dynamiques du collectif, les conditions de coexistence et des façons nouvelles d’habiter. Ses derniers films – *La forêt de l’espace*, *À qui le monde*, *Solenopsis Invicta* – ont été présentés et primés en France et à l’étranger : Centre Pompidou, IFFR Rotterdam, Visions du Réel, Rencontres internationales Paris/Berlin, IDFA Amsterdam, Internationale Kurzfilmtage Winterthur, États généraux du film documentaire de Lussas.
Production
Crédits
› Accompagnement technique : Claire Pollet
› Programmation : Sébastien Cabour
› Lumières : Daniel Levy
› Mixage son : Geoffrey Durcak
› Chargée de production : Estelle Benazet
› Accompagnement artistique : Mounir Fatmi
› Construction : Théophile Carrot
› Responsable construction : Cyprien Quairiat
› Aide construction, construction et programmation des actionneurs : Woohyeok Choi
› Aide à l’écriture : Jean-Claude Taki
Remerciements
Mille mercis à mon frère, à mes parents; à Cyprien Quairiat, Claire Pollet, Sébastien Cabour, Théo Carrot, François Bonhomme, Sylvie de Wilde, sans qui cette maison serait restée un tas de couvertures; à Alvise Sinivia pour sa musique et pour la joie de cette collaboration; à Éric Prigent pour sa générosité et sa confiance; à Daniel Levy pour ses idées lumineuses; à Estelle Benazet pour son entrain et son humour; à Mounir Fatmi pour toutes nos conversations inspirantes; à Hélène Groszek pour son accueil, son soin et pour nos cafés quotidiens; à toute l’équipe du Fresnoy, aux étudiant.e.s des promotions Martha Graham, Zaha Hadid et Vera Molnár pour ces deux années fondatrices. À Patrícia Neves Gomes, Ysé Sorel, Emma Huang, Boris Grzeszczak, Judith Testault, Mélia Roger, Chloé Wasp, François Pisapia, Quentin Douchez Wanscoor, Constantin Jopeck, Miguel Miceli, pour leur amitié.