Julia Rose Gostynski
À ta chair / Sibylle 1.5 - Film - 10min - 2026
présenté dans le cadre de l'exposition Panorama 28 - Invisibles ?
Film
La Sibylle, ancienne prophétesse de malheur, est réactivée. Elle apparaît entre poésie, capture de mouvement, grain et 3D. Une fois lancée, la machine de prophétie dénonce les mots et les images en tant que choses fabriquées. C’est dans ce lieu inachevé que la Sibylle invite à se demander : que se passe-t-il si notre force d’imaginer disparaît ? Comment se souvenir, aimer, se révolter, si nous n’avons plus accès à nos propres images ?
À ta chair invite les spectateur·ices à regarder l’image en tant que chose fabriquée.
Et non pas comme lieu qui s’ouvre vers une fiction, une fantaisie, ou moyen à travers lequel une histoire peut être racontée. Même s’il y a une histoire, elle se fait discrète et disparaît par la suite pour que la prophétesse de malheur puisse s’adresser directement aux spectateur·ices, comme le font les grands modèles de langage (ChatGPT, Claude, etc.).
Y a-t-il une similitude entre la manière dont on consultait les oracles dans l’Antiquité et la façon dont nous recourons aujourd’hui à ces nouvelles technologies, que l’on pourrait appeler « oracles contemporains » (A. Zupancic) ? Contre quoi une prophétesse de malheur nous mettrait-elle en garde aujourd’hui ? Et surtout, quelles questions lui confierions-nous ?
Comme les oracles prétendent pouvoir prédire l’avenir et que, pour beaucoup de gens l’avenir est source d’angoisse, je pense que ce sont nos peurs qu’on lui adresserait. La crainte invoquée, la disparition de l’imagination, s’appuie sur des observations concernant la manière dont on fait usage des images aujourd’hui. Elles nous entourent, devenues abstraites, presque fluides, poussiéreuses, infiniment modulables elles se glissent sous nos yeux. Où vont ces images avalées, que l’on n’a pas toujours conscience d’avoir regardées ? Que font-elles là, en nous ?
Notre imagination, qui est faite d’une matière tout aussi poussiéreuse, fluide et contagieuse que les images extérieures, les mélange-t-elle ?
Je pense à l’exemple simple d’une photo d’enfance vue et du souvenir que l’on croit ainsi retrouvé.
À ta chair est un film qui explore ces questions tout en interrogeant les outils mêmes qui servent à réaliser un film : les images et l’imagination. C’est un film qui invite à la réflexion et à une approche prudente et consciente de l’image, de ce qu’elle montre et de ce qu’elle fait de ses spectateur·ices.
Julia Rose Gostynski, née en 1997 à Bruxelles, a étudié l’histoire de l’art médiéval et l’écriture de scénario à Berlin. Ses textes et films questionnent l’usage des images à travers les époques différentes, ainsi que leur capacité d’activer, imiter ou même remplacer notre force d’imaginer. Avec la technique du grattage sur pellicule elle ouvre l’écart entre mot et image et invite les spectateur·ices à interroger leur propre regard.
Production
Partenaire
Crédits
Avec le soutien du fonds de dotation Proarti qui remercie Frédéric Cisilotto, Frédérique Cisilotto, Catherine Robert
› Scénario, réalisation, grattage : Julia Rose Gostynski
› Composition : Yohei Yamakado
› Caméra : Alice Brunnquell, Pedro Geraldo
› 3d : Guénaël Royer, Pierre Adrien Roger
› Capture de mouvement : Matilda Çobanli, Paul Jacques Yves Guilbert
› Enregistrement sonore : Pierre Dernoncourt, Solenn Desfarges, Thomas Bari
› Kinéscopage : Cosmodigital Paris
› Mixage : Simon Apostolou
› Étalonnage : Pauline Penichout
Remerciements
Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil, Dominique Robert, Emmanuelle Pertus, Frédéric Cisilotto, Frédérique Cisilotto, Catherine Cisilotto, Clara Gostynski