Histoires d’empathie

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Conférence de Nataša Petrešin-Bachelez - lundi 6 octobre à 16h00

Depuis plusieurs décennies, l’anthropologie et les sciences sociales en général plaident en faveur de la réflexivité ou de l’observation incarnée des participant/es dans ce que l’on nomme le tournant réflexif. Étant admis que chacun a une subjectivité, les considérations locales et le rôle que l’on joue dans le travail de terrain sont devenus des paramètres à part entière, à l’initiative des mouvements féministes, constructivistes et autres qui, dans la production du savoir, prônent des perspectives situées. Le tournant réflexif a donné lieu, de la part des chercheurs/euses, à une divulgation systématique et rigoureuse de leur méthodologie et de leur propre point de vue subjectif puisque ces deux éléments sont des instruments de production de données. Dans le prolongement de ce mouvement, le tournant affectif invoque la capacité du corps à produire et à recevoir des affects. 

De manière prometteuse, cette méthode autoréférentielle s’est toutefois trouvé, depuis quelques années, un compagnonnage intéressant avec le principe d’empathie, qui porte le/la chercheur/euse à tenter de comprendre et de soutenir des actions et les motivations de ceux qu’il/elle étudie. Le style d’écriture conversationnel, mélange de récits d’expériences vécues, de témoignages à la première personne et d’observations diverses, est ainsi adopté par les anthropologues, qui estiment qu’une approche empathique est nécessaire pour que le public comprenne une situation matérielle et culturelle. L’empathie est une capacité humaine hautement appréciée dans toutes sortes d’interactions humaines – spirituelles, politiques ou scientifiques – et où le sentiment de responsabilité envers l’autre améliore la compréhension mutuelle.

En même temps, les discussions à propos du féminisme transnational ont souligné le danger d'une compréhension généralisée de l'empathie comme attachement sentimental à l'autre, ainsi que le danger de le "cannibaliser" sous couvert de se soucier de lui et de sa situation. Plutôt que de considérer l'empathie du point de vue de l'abolition de la hiérarchie qui la soutient et à partir de l'esprit de solidarité affective qui en émane, trop souvent l'empathie glisse vers la pitié, en particulier lorsque qu'une population socialement et politiquement privilégiée exprime sa préoccupation pour cet autre en tant que globalité.

Je discuterai de ces questions à partir d'exemples issus de ma propre pratique -  une pratique réfléchie et située ou intégrée à l'institution. Expérience acquise en tant que co-directrice des Laboratoires d'Aubervilliers (2010-2012), comme commissaire d'une triennale en un temps de décadence morale et sociale (Slovénie – 2013), ou encore en assurant le commissariat d'une série d'expositions sur l'empathie (Jeu de Paume, Paris – 2014).


Nataša Petrešin-Bachelez

Née à Ljubljana (Slovénie) en 1976, Nataša Petrešin-Bachelez est commissaire de la programmation Satellite 7 du Jeu de Paume en 2014. Elle a été co-directrice des Laboratoires d’Aubervilliers de 2010 à 2013, et est commissaire de plusieurs expositions et cycles de conférences en France, Slovénie, Allemagne, Suede, Islande entre autres, ainsi que de la Triennale de l’art contemporain U3 à Ljubljana (2013). Elle a assuré notamment le commissariat de la section « Statement » de la Paris Photo (2010), commissariat de la partie « Archives, sources, films, documents » de l’exposition « Les Promesses du Passé » au Centre Pompidou (2010) et l’exposition « Société Anonyme » au Plateau (2007). Elle co-organise depuis 2006, avec Patricia Falguières et Elisabeth Lebovici, le Séminaire « Something you should know » autour des pratiques artistiques et curatoriales à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, à Paris. Elle est rédactrice en chef du « Manifesta Journal » et de la plateforme de la confédération L’Internationale, «L’Internationale Online ».