L’œil distrait

Figures et contextes de la dispersion du regard

Évènement

Le jeudi 8 et vendredi 9 mars 2018
Entrée libre dans la limite des places disponibles.

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L’œil distrait - Figures et contextes de la dispersion du regard est un colloque organisé par Emmanuelle André (Université Paris Diderot, CERILAC) et Nathalie Delbard (Université de Lille, CEAC).

Avec : Marine Allibert – Emmanuelle André – Raymond Bellour – Valérie Boudier – Elsa Boyer – Erik Bullot – Marie-Laure Cazin – Nathalie Delbard – Thomas Golsenne – Sarah Ohana – Pierre-Damien Huyghe – Pascal Rousseau – Dork Zabunyan.

L’histoire économique et sociale du XXe siècle – l’organisation du travail, l’automatisation des tâches, le développement des infrastructures urbaines – s’est paradoxalement construite sur les bases d’un culte voué à la distraction (Siegfried Kracauer), considérée d’abord comme un contretemps nécessaire à la diversion de l’esprit (distraire vient du latin distrahere, de dis, « séparé », et trahere, « tirer ».) Kracauer, mais également Walter Benjamin et Georg Simmel ont dès les années 1920 cerné les possibilités esthétiques de ce concept, fortement lié à l’environnement politique d’une société en pleine expansion. La distraction, dès lors, s’est avérée capable de mettre en lumière des formes de perceptions nouvelles qui affectent les oeuvres d’art. Poursuivant une réflexion conduite il y a deux ans sur L’Œil relayé (L’Œil relayé : gestes, motifs et appareils de vision dans l’image), nous souhaiterions désormais interroger la distraction comme substitut ou transport du regard au coeur des images elles-mêmes. Si la distraction a été pensée comme une forme de distance avec les choses et leur contact, nous faisons le pari que c’est en posant notre regard au plus près des images – des peintures, des films, des photographies – que « ce mode inconscient de perception à l’état de veille » (Pascal Rousse) révèle ses singularités figuratives. 

Dès lors qu’elle n’est pas perçue négativement, dans une opposition à l’attention qui la condamne - les nouvelles technologiques comme source de distraction, entendue comme une perte de la concentration - la distraction apparaît au contraire comme une modalité de la pensée qui rencontre les philosophies et les phénoménologies de notre contemporain, redessinant pour mieux les comprendre, les contours de nos comportements devant l’image.

À la croisée de l’histoire de l’art, des sciences et des techniques, se constitue un Œil distrait dont ces journées souhaitent interroger les manifestations dans toutes leur complexité et leur variation, selon les œuvres et les contextes dans lesquels s’exerce le regard. Comment opère la distraction au cœur de la représentation ? Jusqu’à quel point tient-elle de l’organisation interne des images – de la composition du tableau au cadrage cinématographique, de l’absence ou de la saturation de motifs à la nature du montage – mais aussi des circonstances singulières de leur exposition et de leur diffusion ? Il s’agit encore d’imaginer une méthode d’analyse susceptible de s’élaborer à partir de ce que le regard ignore, néglige ou survole, tout en l’articulant à ce qui relève au contraire d’une attraction visuelle remarquable. À partir de l’étude détaillée de tableaux, photographies et films, la distraction est dès lors envisagée comme cette qualité de l’image qui engage une forme spécifique de l’expérience sensible, que nos conditions de perception actuelles nous incitent à considérer avec un intérêt renouvelé.

Avec le soutien du Labex Arts-H2H de l’Université Paris 8, programme « Politiques de la distraction » coordonné par Paul Sztulman et Dork Zabunyan.