Heureux celui qui parvient à faire que son corps suive
son esprit, ou que son esprit suive son corps… Ce n’est
que très rarement le cas : nous comprimons nos émotions,
par peur de nous blesser… En vérité, nous
nous efforçons constamment de faire les choses comme
il se doit (c’est-à-dire de notre point de vue,
ou de celui des autres) ; or le corps, lui, ne se doit rien,
du moins fondamentalement… et il se trouve que cela
est pratiquement (au double sens de « presque »
et de « dans la pratique ») impossible à
assumer, et nous ne le laissons donc jamais faire tout ce
qu’il peut. De même les sentiments sont-ils en
majeure partie constamment bridés…et nous n’avons
pratiquement pas le choix. L’accumulation des occasions
de frustrations est effarante : sexe, travail, argent, amour,
reconnaissance sociale, liberté, sécurité…
L’être humain est extrêmement complexe,
fragile, mais son corps est très résistant :
cela fait de nous des êtres paradoxaux, contradictoires,
rien moins qu’harmonieux. C’est pourquoi l’idée
de perfection nous trouble tant : nous n’y croyons pas,
et pour cause… C’est pourquoi, aussi, nous nous
mettons parfois en colère contre nous-mêmes,
contre notre incapacité à croire alors que nous
le voudrions tant.
Mon Zeurope sera tout cela : une plongée dans la confusion
de l’humain. Le désir est un jaillissement qui
ne se contrôle pas ; la maîtrise n’arrive,
quand elle arrive, que plus tard. Et ce n’est que plus
tard que s’installe la contradiction entre le «
je sens » et le « je suis ».
Natacha
KANTOR
metteur en scène
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