Tarnac. le chaos et la grâce

image de l'oeuvre Tarnac. le chaos et la grâce de  Joachim Olender Joachim Olender

De Joachim Olender film 2012

L’affaire Tarnac n’est pas la première machination policière des États antiterroristes. Mais c’est la plus étrange, tant fut grande la disproportion entre le déchaînement politico-médiatique et l’absence de preuves contre les « terroristes ». À ceux qui croyaient que la société du spectacle avait dissous la politique dans le sensationnel, l’invention du terrorisme a montré que la politique a dépassé le stade de son esthétisation. Elle fait retour dans le réel sous la forme de faits divers maquillés en crimes d’État. Ces « non-événements » ponctuent une histoire de fous, entre la terreur invisible exercée par le pouvoir et l’imaginaire d’actes aberrants issus d’un peuple hors-la-loi. Entre cet imaginaire et ce réel, des affects flottent. Ils attendent les récits qui leur tiendront lieu d’histoire. Dans une interview, l’une des protagonistes du groupe de Tarnac renvoie la dialectique de Guy Debord à la mystique de Simone Weil. « Nous aimions, dit-elle, le chaos et la grâce ». Détresse d’un monde où la pesanteur a explosé en chaos. Dans l’œuvre qu’il présente au Fresnoy, Joachim Olender lui répond. Il donne corps au trou laissé par cette explosion. À la limite de l’installation-vidéo et du film-cinéma, il imagine une black box percée à l’extérieur par trois écrans de taille égale. Le spectateur y voit défiler les images de l’enquête menée par l’artiste sur les lieux du non-lieu : paysages de neige, entrepôts, routes et lignes de chemin de fer. Images de réel : il n’y a rien à voir. À l’intérieur, un film passe en boucle : il décline quatre séquences de « l’arrestation terroriste ». Images virtuelles tournées à partir d’un logiciel de jeu vidéo. Entre les deux, étrange, inquiétante, l’irressemblance fait lien : un même masque dissimule les visages. Entre apparence réelle et vérité virtuelle, le « rien » du « non-événement » trouve alors son lieu. Tarnac, le chaos et la grâce fait la démonstration structuralement impeccable de la manière dont le dispositif cinéma peut encore raconter le néant d’un monde où les mêmes cagoules disent « sécurité » et « terreur ».

Catherine Perret

Auteur notamment de Walter Benjamin sans destin, rééd. La Lettre Volée, 2007; Les Porteurs d'ombre, éd. l'extrême Contemporain, Belin, Paris, 2002; Olivier Mosset: la peinture, même, éd. Ides et Calendes, Lausanne, 2004, Catherine Perret enseigne comme professeur d'esthétique et théorie des arts à l'Université Paris 8

Remerciements Thanks

Merci à Catherine Perret, Alain Fleischer et Daniel Dobbels pour leur soutien. Merci à David Dufresne pour ses écrits précieux. Merci à l’équipe du Fresnoy, à l’équipe du film – des films – et à mes amis chers qui ont permis à ce projet d’exister. Merci à Mag et Charlie d’être. Merci à Tarnac de résister. « Le spectateur se fige quand le train passe » (Kafka)

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  • Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains, Tourcoing

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